L’expression des jeunes aux Rencontres jeunesse. Stewens Lemoine, service jeunesse du Département 76

StewensCette contribution de Stewens Lemoine est en lien avec les pratiques actuelles du Service Jeunesse du Département 76 en matière d’expression des jeunes. Son service organise les Rencontres Jeunesse depuis 9 ans. Cette manifestation a pour objectif majeur de placer l’expression de jeunes au cœur de ces journées. Pour ce faire, des groupes de jeunes sont impliqués dans l’organisation de la manifestation. Pour nous les Ceméa, cet espace est un appui pour la recherche et l’expérimentation du projet « Pratiques numériques, lieux innovants et médias de jeunes » (Fond Expérimentation pour la Jeunesse).

Depuis plusieurs années divers médias servent de supports aux différentes formes d’expression des jeunes. Trois outils servent de supports aux démarches initiées, la web-radio, la rédaction de journaux et la réalisation de sujets vidéo.

Entretien mené par François Laboulais – Pôle Médias, Education Critique et Engagement Citoyen
Association nationale des Ceméa.

 

François Laboulais: Pourriez vous nous commenter ces quelques constats ? Les pratiques numériques quotidiennes des jeunes sont dans des logiques plutôt individuelles ou entre pairs, en « circuit fermé » dans les réseaux sociaux, et où les contenus partagés s’apparentent et s’inspirent des médias people, avec la banalisation de l’exposition de la vie privée et intime et la reproduction de stéréotypes dominants. Une minorité de jeunes a aujourd’hui accès à des pratiques « riches », interactives, créatives. La fracture numérique se situe au niveau des usages. Le numérique risque d’augmenter les écarts culturels chez les jeunes.

Stewens Lemoine :  Je partage fortement ce constat sur les usages. Il existe des carences sur les usages. L’instantanéité des outils utilisés par les jeunes ne règle en rien la pertinence de leurs usages. Pour autant, ces outils sont des leviers d’ouverture sur le monde, de partage entre pairs et d’expression de soi vers les autres. C’est pour toutes ces raisons qu’il s’agit bien d’un enjeu éducatif de premier ordre. Les Rencontres Jeunesse doivent être un espace où il est possible pour des jeunes de se confronter à des pratiques nouvelles ; si en plus ce sont des jeunes qui « montrent » à des jeunes, les messages seront d’autant plus pertinents. C’est en ce sens que le comité de rédaction des Rencontres Jeunesse travaille. Notre responsabilité est de susciter ces modes de travail et aussi, de veiller à valoriser les productions pendant/après et en amont de la manifestation. Il faut contribuer à diffuser des démarches pratiques, éducatives et pédagogiques.

F.L : Si nous repérons des projets collectifs, portés par des acteurs de l’éducation populaire avec des compétences techniques confirmées, ils n’intègrent pas pour autant une dimension d’éducation critique de notre société du numérique. Les situations où des animateurs animent des projets médias pour des jeunes, sont assez courantes. Les situations où les animateurs transmettent un savoir-faire et un savoir-être, mettent à disposition un équipement, favorisent une autonomie des jeunes dans une expression valorisante et citoyenne… sont moins évidentes.

S.T : Permettre à des jeunes de montrer ce qu’ils savent faire et comment ils le font est un des enjeux des rencontres jeunesse. C’est en ce sens que nous tentons de mobiliser les partenaires de la manifestation. Des jeunes que nous rencontrons depuis 3 ou 4 ans et qui s’investissent dans l’organisation sont en capacité d’animer des temps qui permettent à la fois de mettre en avant les compétences qu’ils ont développées et surtout la manière de les utiliser. C’est donc une question plus globale, une orientation forte à impulser aux animateurs, dès le projet éducatif.

F.L : Comment faire découvrir, partager, accompagner, favoriser des pratiques de jeunes porteuses de coopération, d’accès à la culture et aux savoirs, d’apprentissages citoyens, proposer aux jeunes des situations actives et émancipatrices s’inscrivant dans un regard critique ?

S.T : En participant aux Rencontres Jeunesse ! Un des enjeux est d’être en capacité de proposer et de donner à voir sans cesse des pratiques innovantes ; que ce soit en lien avec les médias ou non. Pour autant, les échanges et les pratiques de débat sont deux axes qui doivent exister et qui permettent aux jeunes d’avoir des espaces de confrontation d’idées, de pratiques ou tout simplement d’avis. Impliquer les jeunes dans la mise en place et l’organisation de moments comme ceux-ci tend vers cette volonté de les rendre acteurs et critiques sur ce qu’ils vivent, ce qu’ils font. C’est par le développement des projets que nous accompagnons sur le territoire que nous pouvons l’observer.

F.L :Quels seraient les besoins de formation des équipes d’animation, des bénévoles, des responsables des structures jeunesse ?

S.T : Chez les professionnels et les jeunes que nous croisons, la question de la formation technique ne semble pas être un frein aux développements des projets. Ce qui me semble vraiment marquer la différence, ce sont les méthodes et démarches utilisées. Beaucoup d’acteurs ont dans leurs pratiques des démarches qui se veulent éducatives, passeuses d’idées voire émancipatrices, mais ils ne s’en rendent pas toujours compte. Je pense qu’il y a besoin de théoriser ces pratiques. Parfois, certaines de ces pratiques peuvent être qualifiées : urbaines, rurales, sauvages, institutionnelles, conditionnées, etc….

A voir, le reportage réalisé par le Département

 

 

 

 

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