La pratique numérique est une porte d’entrée culturelle. Mathias Rocoplan, animateur jeunesse

La maison des jeunes et de la culture de la ville d’Eu, est une des structures de jeunesse en Normandie Mathiasaccompagnée par les Ceméa dans le cadre du FEJ.

Le responsable d’animation du Centre Accueil Jeunes, Mathias Rocoplan, en appui de son expérience pratique, nous partage sa réflexion sur la place des jeunes dans ses actions incluant des usages numériques.

Entretien mené par François Laboulais – Pôle Médias, Education Critique et engagement Citoyen. Association nationale des Ceméa.

François Laboulais : Pourriez vous nous commenter ces quelques constats au regard des jeunes que vous rencontrez dans dans votre structure ? Une minorité de jeunes a aujourd’hui accès à des pratiques « riches », interactives, créatives. La fracture numérique se situe au niveau des usages. Le numérique risque d’augmenter les écarts culturels chez les jeunes.

Mathias Rocoplan: Effectivement, le numérique risque d’augmenter les écarts culturels entre les jeunes, cependant nous devons éviter cela en tant qu’animateurs et responsables de jeunes. Nous devons permettre aux jeunes « en difficultés » d’avoir accès à la culture et notamment à travers le numérique. La pratique numérique est une porte d’entrée culturelle. Les jeunes utilisent le numérique pour communiquer entre eux, se donner des informations, jouer,… et peu d’entre eux l’utilise comme vecteur d’apprentissage culturel.

F.L :  Les animateurs-trices transmettent un savoir-faire et un savoir-être, mettent à disposition un équipement, favorisent une autonomie des jeunes dans une expression valorisante et citoyenne… est-ce si évident ?

M.R : Je suis issu de l’éducation populaire et je travaille quotidiennement en ce sens. Permettre à des jeunes de développer leurs savoirs, savoir-être et savoir-faire me paraît intéressant. En tant que responsable de secteur jeunesse en MJC j’opte pour accompagner, outiller et guider les jeunes afin qu’ils apprennent seul et entre pairs. Accompagner les jeunes dans l’émancipation personnelle me paraît plus que primordial.

Effectivement, beaucoup d’animateurs tentent d’animer des projets mais bien souvent sans laisser peu de place aux jeunes peut-être dû aux différentes formations universitaires, à la « pression » des structures, à la recherche de la perfection ou de production pour satisfaire les partenaires financiers. N’oublions pas pour quoi et pour qui nous travaillons…pour les jeunes afin qu’ils s’émancipent et prennent des responsabilité en développant les esprits d’initiative..

Nous devons continuellement nous adapter à notre public tout en prenant en compte le contexte socio-économique de notre société. La place de la jeunesse ou des jeunesses n’est pas toujours facile à définir, mais laissons les jeunes que nous accompagnons s’exprimer, se tester, se tromper, réessayer,… Ce serait bien plus facile de faire à la place d’eux mais le résultat ne serait pas le même pour les jeunes. Il nous faut ne pas perdre de vue nos objectifs.

F.L : Comment faire découvrir, partager, accompagner, favoriser des pratiques de jeunes porteuses de coopération, d’accès à la culture et aux savoirs, d’apprentissages citoyens, proposer aux jeunes des situations actives et émancipatrices s’inscrivant dans un regard critique ?

M.R : Un festival s’organise chaque année (Murmure du Son) dans la ville où je travaille. Cet événement ouvert à un large public s’ancre parfaitement sur le territoire. Il me semblait intéressant d’associer les jeunes de la MJC à ce projet afin qu’ils puissent découvrir ce festival musical qui se déroule dans leur ville. Ils en entendent parler mais ne savent pas ce qui s’y passe réellement. Suite à une formation sur les pratiques numériques organisée par les CEMEA de Normandie, j’ai pu découvrir des outils, des méthodes pour faciliter l’accès à la culture numérique des jeunes. Par conséquent avec mon savoir faire et de nouveaux outils, j’ai pu accompagner ces jeunes au festival.

Avec les organisateurs du festival, nous avons convenu que ces jeunes munis de badges pourront se rendre dans les moindres recoins du festivals pour découvrir, interviewer, photographier ce que bon leur semble pour faciliter leur compréhension.

Je les ai rapidement formé sur l’utilisation du matériel ainsi que quelques méthodes de cadrage puis ils ont débattu ensemble des questions à poser, qui rencontrer et pourquoi, donner de la méthodologie.

Ainsi, durant deux jours, les jeunes munis d’appareils photos, de caméra, micros, casques ont pu poser des questions aux organisateurs, bénévoles, agents de sécurité, régisseurs, artistes, public afin de connaître leurs rôles au sein de cet événement. Les premiers interviews ont permis pour eux de se tester et de se régler mais au fur et à mesure avec un regard extérieur j’ai pu analyser des situations, des prises de responsabilités, des places « attribuées » à chacun d’entre eux tels que le cadreur, le journaliste, le jeune qui faisait remplir le document pour le droit à l’image, le photographe,…

Le fait d’avoir un badge, de se sentir autonome pour la réalisation du web journalisme, ils se sont pleinement épanouis et cela a permis de connaître davantage le festival, se l’approprier, de développer leur regard critique, d’être autonome et prendre des responsabilités.

Actuellement, les jeunes trient les photos et vidéos pour réaliser un web-reportage. Une petite formation sur le montage vidéo sera proposé afin qu’ils puissent d’eux même le réaliser dans son intégralité.

Le rôle de l’animateur dans tout ça ? Accompagner et soutenir. Les jeunes apprécient de se sentir en confiance. A l’école à la famille le cadre est différent. Ici les jeunes viennent par obligation parentale ou par plaisir de se retrouver entre pairs. Le fait de mener une action en groupe qui sort de l’ordinaire et des pratiques quotidiennes et privées des écrans, permet à ces jeunes d’être reconnus et d’être valorisés. Ils ont besoin de ce regard dans cette société qui les juge trop facilement.

Le rôle de l’animateur est de permettre aux jeunes de réaliser des projets en développant leur autonomie

F.L : Les jeunes de votre structure ont participé à nos expérimentations de web-journalisme proposant d’utiliser des pratiques numériques comme leviers d’ouverture aux autres. Pour pérenniser ces démarches,  quels seraient les besoins de formation des équipes d’animation, des bénévoles associatifs, des responsables des structures de jeunesse ?

M.R : Les principaux besoins de formations auprès des animateurs seraient sur l’utilisation des outils numériques ainsi que sur la place que l’on donne aux jeunes à travers les projets.

De plus, il me semble primordial qu’au sein des structures ces types de projets doivent être soutenus et spécifié comme étant des projets structurants à développer sur du long terme. Le fait d’être suivi par les bénévoles, les administrateurs, les bénéficiaires cela favorise une émulsion collective où les jeunes sont reconnus à leur juste valeur.

F.L Quels intérêts repérez vous chez les jeunes ? Qu’est ce que cela a déclencher chez eux qu’il faudrait approfondir, prolonger …


M.R : Cette action de web-journalisme a permis aux jeunes de réaliser un projet dans sont intégralité tout en étant sur du court terme. Ces jeunes ne sont pas habitués à mener des projets, alors commencer sur du court terme me paraissait pertinent. L’ensemble des jeunes se sont impliqués pleinement dans le projet afin de le mener correctement. Cela a engendré également, un sentiment de reconnaissance de la part des jeunes. Le fait d’avoir un badge et par conséquent être visible du public a eu un effet positif envers les jeunes. De plus un sentiment d’appartenance au sein du groupe s’est dégagé et a permis de souder le groupe entre jeunes de différents horizons social et familial.

Je pense qu’en tant que responsable cela donne envie de continuer sur des projets comme celui-ci alliant : autonomie, prise de responsabilité, partenariat, culture, numérique. Mettre en place des projets avec les jeunes et des partenaires locaux qui ont le souhait de laisser une place à la jeunesse ne peut être que bénéfique pour le territoire.

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